Page:Kant - Anthropologie.djvu/21

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Alors même que l’homme ne peut pas encore dire moi, il a déjà cette idée dans la pensée, de même que doivent la concevoir toutes les langues qui n’expriment pas le rôle de la première personne par un mot particulier lorsqu’elles ont à l’indiquer. Cette faculté (de penser) est en effet l’entendement.

Mais il est à remarquer que l’enfant, lorsqu’il peut déjà s’exprimer passablement, ne commence cependant à parler à la première personne, ou par moi, qu’assez longtemps après (une année environ). Jusque-là, il parle de lui à la troisième personne (Charles veut manger, marcher, etc.). Lorsqu’il commence à dire moi, une lumière nouvelle semble en quelque sorte l’éclairer ; dès ce moment, il ne retombe plus dans sa première manière de s’exprimer. — Auparavant, il se sentait simplement ; maintenant, il se pense. — L’explication de ce phénomène pourrait sembler passablement difficile à l’anthropologiste.

Cette observation, qu’un enfant ne pleure ni ne rit pendant les trois premiers mois de son existence, semble aussi avoir une sorte de raison dans le développement de certaines notions, celle d’offense et d’injustice, qui sont exclusivement du domaine de la raison. — Lorsqu’il commence à suivre des yeux l’objet brillant qu’on lui présente à cette époque de sa vie, il s’opère alors en lui un faible et premier progrès, qui consiste à sortir des perceptions (appréhension de la représentation sensible), et à les convertir en connaissance des objets sensibles, c’est-à-dire en expérience.