Page:Kant - Anthropologie.djvu/38

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brouillard semblent toujours plus grands qu’ils ne sont en réalité[1]. Obscurcissons, telle est la maxime de tous les mystiques, pour attirer par des ténèbres artificielles ceux qui courent après la sagesse. — En général même un certain degré d’obscurité dans un ouvrage ne déplaît pas au lecteur ; il sent mieux alors sa pénétration, son habileté à résoudre ce qui est obscur en notions claires.

§VI.

De la clarté et de l’obscurité dans la conscience de nos représentations.


La conscience des représentations, qui suffit pour distinguer un objet d’un autre, est la clarté. Ce qui fait qu’on voit aussi clairement la composition des re-

  1. Au contraire, quand nous voyons une chose à la lumière du jour, ce qui est plus éclairé nous semble aussi plus grand que les objets qui l’entourent : par exemple des bas blancs donnent à la jambe une apparence plus forte que des bas noirs ; un feu de nuit, placé sur une haute montagne, paraît plus grand qu’il n’est en réalité. — C’est peut-être ainsi qu’il faut expliquer encore la grandeur apparente de la lune à son lever, et l’éloignement plus grand, quant à l’apparence, des étoiles les unes à l’égard des antres, lorsqu’on les voit à l’horizon ; dans ces deux cas en effet nous apparaissent des objets brillants qui sont vus à l’horizon à travers une couche d’air plus épaisse que celles qui occupent les régions plus élevées du ciel ; et ce qui est obscur est aussi jugé plus petit à cause de la lumière qui l’entoure. Dans le tir, la cible devrait donc être noire, et entourée d’un cercle blanc au milieu ; il y aurait alors plus de chance d’attraper juste qu’avec la construction contraire.