Page:Kant - Anthropologie.djvu/40

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comprendre : la faculté de saisir les représentations données (attentio), pour produire une intuition ; la faculté de séparer ce qui est commun à plusieurs représentations (abstractio), pour produire une notion, et la faculté de réfléchir (reflexio), pour produire une connaissance de l’objet.

On appelle celui qui possède ces facultés à un degré supérieur une bonne tête ; celui qui ne les possède que dans une très faible mesure, un esprit faible (parce qu’il a toujours besoin d’être conduit par les autres) ; et celui qui en use avec une originalité créatrice (tirant par là de son propre fond ce qui doit être d’ordinaire enseigné par autrui), un génie.

Celui qui n’a rien appris de ce qu’on doit apprendre pour savoir une chose est un ignorant, s’il a le savoir dans le cas où il veut faire le savant, car au dehors de cette prétention il peut être un grand génie. Celui qui ne peut pas même penser, quoiqu’il puisse apprendre beaucoup de choses, est un esprit borné. — On peut être un grand savant (machine à enseigner les autres comme on a été soi-même enseigné), et cependant n’être encore que très borné quant à l’usage raisonné de son savoir historique. — Celui dont le procédé qui a servi à l’instruire trahit la contrainte de l’école dans la conversation ordinaire de la vie (par conséquent le défaut de liberté dans la pensée personnelle), est le pédant, qui peut être du reste un savant ou un soldat, ou même un homme de cour. Le pédant instruit est, au fond, de tous encore le plus supportable, parce qu’après tout on peut en apprendre