Page:Kant - Anthropologie.djvu/450

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pour tout le reste. — Un médecin allemand (M. Grimm) s’attache, dans ses Remarques d’un voyageur, etc., à la polymathie française, comme il la nomme ; mais elle est loin d’être aussi dépourvue de goût qu’elle l’est chez un allemand qui en fait communément un lourd système dont il ne peut ensuite se dégager facilement, tandis qu’une Mesmeriade en France est tout de suite une affaire de mode, et disparait bientôt après complètement.

Le talent ordinaire de donner à son ignorance un aspect scientifique consiste en ce que le superstitieux dise : Comprenez-vous la véritable cause de la force magnétique, ou connaissez-vous la matière qui, dans les phénomènes électriques, produit de si étonnants effets ? — Alors il croit, avec juste raison, pouvoir parler aussi pertinemment, en ce qui regarde les effets très possibles d’une chose qu’à son sens le plus grand naturaliste ne connaît pas mieux que lui, quant à la propriété interne. Mais le naturaliste ne s’occupe que des effets qu’il peut toujours mettre sous les yeux au moyen de l’expérimentation, puisqu’il tient l’objet entièrement sous sa puissance, tandis que le superstitieux recueille des effets qui peuvent n’avoir d’autre origine que l’imagination, soit de la personne qui observe, soit de celle qui est observée, et qui dès lors ne sont susceptibles d’aucune expérimentation véritable.

Il n’y a donc rien de plus à faire contre ce désordre que de laisser magnétiser et désorganiser le magnétiseur animal, tant qu’il lui plaît, et que la crédulité d’autrui le trouve bon, mais en recommandant à la police qu’on n’approche pas en cela de trop près la moralité, et de suivre, quant au reste, la seule pratique du physicien, celle de l’expérimentation et de l’observation, qui font connaître les propriétés de l’objet des sens extérieurs. Une longue réfutation en pareille matière répugne à la dignité de la raison et n’aboutit à rien ; un silence dédaigneux est ce qu’il y a de plus mérité par cette espèce d’égarement, d’autant plus que de pareils phénomènes moraux n’ont qu’une courte durée, et font bientôt place à d’autres folies.