Page:Kant - Anthropologie.djvu/56

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préceptes ne sont pas difficiles, » il ne voulait pas dire par là qu’ils n’exigeassent que peu d’efforts pour être accomplis ; car, en fait, ils exigent la pureté de tous les sentiments du cœur, la chose la plus difficile entre toutes celles qui peuvent être ordonnées ; mais pour un être raisonnable ils sont infiniment plus faciles cependant que des préceptes qui ont pour objet d’agir sans rien faire (gratis anhelare, multa agendo nihil agere), tels ceux que le judaïsme avait fondés ; car l’homme raisonnable trouve cent fois plus difficile ce qui est mécaniquement facile, lorsqu’il voit sa peine en cela perdue.

S’il y a du mérite à faire facilement quelque chose de difficile, il y a tromperie à le présenter comme facile, tout en ne pouvant pas le faire. Il n’y a pas de mérite à faire ce qui est facile. Des méthodes et des machines, entre autres la division des travaux entre différents ouvriers (travail de fabrique), rendent faciles beaucoup de choses qu’on ferait difficilement avec ses mains sans autre instrument.

Montrer des difficultés avant d’enseigner à les vaincre (comme par exemple dans les recherches de la métaphysique), c’est sans doute exposer au découragement ; mieux vaut cependant faire ainsi que de les dissimuler. Celui qui tient pour facile tout ce qu’il entreprend est un homme léger. Celui qui se rend facile tout ce qu’il fait est un homme adroit ; de même que celui qui ne réussit pas dans ses efforts est un maladroit. L’entretien dans la société (la conversation) n’est qu’un jeu où tout doit être facile et rendu