Page:Kant - Anthropologie.djvu/79

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soi une âme distincte du corps, et l’esprit qui est réprésenté comme simple faculté de sentir et de penser est regardé comme une substance particulière qui réside dans l’homme. — Il n’y a donc alors qu’un seul sens intime, parce qu’il n’y a pas différents organes à l’aide desquels l’homme se sente intérieurement, et l’on ne pourrait pas dire que l’âme est l’organe du sens intime. On a dit de ce sens qu’il est, lui aussi, exposé à des illusions qui consistent en ce que l’homme prend les phénomènes du sens intime pour des phénomènes externes, c’est-à-dire des images pour des sensations, ou même les tient pour des inspirations dont serait cause un autre être qui n’est cependant pas un objet des sens extérieurs. De là l’illusion, et avec elle la superstition, ou même des visions d’esprit, et dans les deux cas tromperie du sens intime, maladie de l’âme. De là le penchant à prendre le jeu des représentations du sens intime pour une connaissance expérimentale, quand elle n’est cependant qu’une fiction ; le penchant à s’arrêter souvent aussi à un état artificiel de l’âme, par la raison peut-être qu’on le regarde comme salutaire et comme au-dessus des représentations sensibles, et par conséquent le penchant à se tromper par des intuitions formées de la sorte (des rêves dans l’état de veille). — Car l’homme finit par regarder ce qu’il s’est mis à dessein dans l’esprit comme quelque chose qui s’y serait déjà trouvé auparavant, et il croit seulement avoir découvert dans les profondeurs de son âme ce qu’il y a fait entrer.

Telles étaient les sensations internes superstitieu-