Page:Kant - Anthropologie.djvu/91

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’imagination ; elle doit être originellement tirée de la faculté de sentir. Il y a des personnes qui ne distinguent dans les représentations lumineuses que le blanc ou le noir, et qui, bien qu’elles aient bonne vue du reste, ne voient dans le monde sensible qu’une sorte de gravure. Il y a même beaucoup plus de personnes qu’on ne le croirait bien, qui sont douées d’une ouïe excellente, extraordinairement fine, mais dont l’oreille n’est absolument pas musicale, et qui sont incapables non seulement d’imiter les tons (de chanter), mais encore de les distinguer des simples sons. — Il doit en être de même des représentations du goût et de l’odorat ; c’est-à-dire que le sens fait défaut à plusieurs sensations spécifiques de cette espèce, et qu’entre deux interlocuteurs qui croient s’entendre à ce sujet, l’un cependant peut être étranger aux sensations de l’autre, non seulement quant au degré, mais encore quant à l’essence. — Il est des hommes qui sont entièrement privés du sens de l’odorat, qui prennent pour une odeur la sensation de l’introduction de l’air pur dans les narines, et qui, par suite, ne peuvent rien comprendre à toutes les descriptions qu’on leur fait de cette espèce de sensation. La privation du sens de l’odorat entraîne celle du goût et en rend, par conséquent, impossibles l’intelligence et l’expérimentation. Mais la faim et la satiété sont tout autre chose que le goût.

Si donc l’imagination est une grande artiste, si même elle est une magicienne, elle n’est cependant pas créatrice ; elle est, au contraire, dans la nécessité