Page:Kant - Critique du jugement, trad. Barni, tome premier.djvu/201

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pour le guerrier, mais à une condition : c’est qu’il montre aussi toutes les vertus de la paix, la douceur, la pitié et même un soin convenable de sa propre personne ; car c’est par là précisément qu’il fait paraître toute la force de son âme contre le danger. Aussi, qu’on dispute tant qu’on voudra sur la question de savoir lequel, de l’homme d’État ou du chef d’armée, mérite la préférence dans notre estime ; le jugement esthétique décide en faveur de ce dernier. La guerre même, quand elle est faite avec ordre et respect pour le droit des gens, a quelque chose de sublime, et elle rend l’esprit du peuple, qui la fait ainsi, d’autant plus sublime qu’il y est exposé à plus de dangers et qu’il s’y soutient courageusement : au contraire, une longue paix a ordinairement pour effet d’amener la domination de l’esprit mercantile, des plus bas intérêts personnels, de la lâcheté et de la mollesse, et elle abaisse l’esprit public.

A cette explication du concept du sublime, qui consiste à l’attribuer à la puissance, on pourrait objecter que nous avons coutume de nous représenter Dieu montrant sa colère et révélant sa sublimité dans les tempêtes, dans les orages, dans les tremblements de terre, et que, dans ces cas, il y aurait témérité et folie à imaginer une supériorité de notre esprit sur les effets, et, à ce qu’il semble, sur les fins d’une telle puissance. Ce n’est