Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/120

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sions dans les environs de Paris, ou l’on allait en bande passer une soirée au théâtre. Mais Le plus souvent, Sophie restait à La maison, cousant ou vaquant aux soins de son ménage, pendant que les deux fillettes jouaient auprès d’elle ou descendaient dans la cour pour s’amuser avec de petits voisins qui faisaient des rondes en chantant des airs simples et populaires. Il y avait entre autres, un air bien connu, même des enfants russes, qu’Aurore ne pouvait entendre sans émotion :

      Nous n’irons plus au bois
      Les lauriers sont coupés… etc.

Elle en éprouvait une tristesse inexprimable ; il lui semblait, en l’entendant, avoir perdu quelque chose précieux. Ce fut la première manifestation vague du sentiment poétique qui se fit remarquer chez le futur écrivain.

Caroline fut mise plus tard en pension, et la jeune mère, dans la crainte de laisser seule dans la cour la plus petite de ses filles, et trop occupée elle-même pour la surveiller personnellement, inventa un moyen ingénieux pour l’empêcher tout à la fois de se sauver et de la déranger dans les soins de son ménage. Elle arrangeait, à cet effet, une espèce de petit enclos, à l’aide de quatre chaises, et mettait au milieu, en guise de tabouret, une chaufferette sans feu. La petite Aurore qui montra presque dès ses premières années une tendance extraordinaire à la songerie,

    trois ans », mais il n’en est pas ainsi. Cependant les lignes où elle nous raconte comme quoi la bonne femme à la garde de laquelle Aurore et sa cousine Clotilde avaient été confiées, mettait les deux fillettes sur l’âne portant à la ville les légumes et le lait, ces lignes sont identiques à ce qu’elle en dit dans l’Histoire. Il est évident que ce passage fut écrit d’après ses propres souvenirs et non d’après ce qu’elle avait entendu raconter.