Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/397

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point au repos ; maintenant qu’elle est loin, il lui écrit de tendres lettres. Indiana, brisée et malheureuse, lui répond de même. Sa vie est redevenue monotone et tranquille, mais une nouvelle brutalité de Delmare vient de nouveau rompre leurs liens, déjà si fragiles.

… « La situation de madame Delmare était devenue presque intolérable par suite d’un incident domestique de la plus grande importance pour elle. Elle avait pris la triste habitude d’écrire chaque soir la relation des chagrins de la journée. Ce journal de ses douleurs s’adressait à Raymon, et, quoiqu’elle n’eût pas l’intention de le lui faire parvenir, elle s’entretenait avec lui tantôt avec passion, tantôt avec amertume des maux de sa vie et des sentiments qu’elle ne pouvait étouffer. Ces papiers tombèrent entre les mains de Delmare, c’est-à-dire qu’il brisa le coffre qui les recélait. ainsi que les anciennes lettres de Raymon, et qu’il les dévora d’un œil jaloux et furieux[1]. Dans le premier mouvement de sa colère il perdit la force de se contenir, et alla, le cœur palpitant, les mains crispées, attendre qu’elle revint de sa promenade. Peut-être, si elle eût tardé quelques minutes, cet homme malheureux aurait eu le temps de rentrer en lui-même ; mais leur mauvaise étoile à tous deux voulut qu’elle se présentât presque aussitôt devant lui. Alors, sans pouvoir articuler une parole, il la

  1. Le lecteur se rappelle que Dudevant s’était permis une indiscrétion semblable, c’est pour cela qu’Aurore avait à maintes reprises, pendant ses absences de Nohant, entre 1831 et 1834, prié ses amis d’être très prudents dans l’envoi des lettres qu’ils lui adressaient, et qu’elle avait demandé à Boucoiran, le 7 mars 1834, de prendre chez lui les papiers et les cahiers qu’elle avait laissés dans sa chambre, car, à son avis, ils n’y étaient pas en sûreté. Voir plus haut, p. 305, la lettre inédite à Boucoiran datée de 1831, et surtout le passage : « Vous ne serez pas le premier dont les papiers aient été fouillés et examinés… »