Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/453

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Lélia, la maudit et se jette dans la débauche et les orgies, malgré Trenmor qui ne peut le retenir (Trenmor, de son vrai nom Valmarina, se trouve être le chef d’une loge mystérieuse de carbonari qui a pour but de sauver et de relever son pays natal), alors Lélia renonce définitivement aux affections humaines. À qui croire ? Qui aimer ? Elle ne sait que faire, se voyant inutile au monde ; la bienfaisance ordinaire lui semble une misérable pièce mise aux haillons de l’ancien monde en destruction. Elle ne veut soumettre son individualité à personne ni à rien. Elle se décide — voilà une décision étrange pour cette âme avide de liberté — à s’enfermer dans un couvent aux règles les plus austères ; dans le cadre de cette dépendance extérieure, elle voit la seule issue, le seul moyen de rester libre ; dans une cellule de religieuse elle croit trouver le seul endroit où sa personnalité sera indépendante, où elle aura quelque valeur par elle-même. Lélia prend le voile et atteint bientôt les degrés les plus élevés de la hiérarchie ecclésiastique. Elle transforme son monastère, enseigne les sœurs converses, maintient une piété sérieuse dans tout le diocèse, pousse à une large bienfaisance tous les éléments sains du pays, exerce l’influence la plus salutaire sur tout le monde. Le couvent devient méconnaissable : au lieu de la lettre froide qui tue, il y règne l’esprit du vrai christianisme, car Lélia elle-même est libre de toutes les minuties du culte dogmatique. Sa force de volonté fascine même le cardinal, un monseigneur Annibal, qui, de prélat ambitieux et voluptueux qu’il avait été jusque-là, devient le défenseur zélé des opprimés et des délaissés ; il sauve même de la peine de mort Valmarina, incarcéré pour avoir pris part à une conspiration. Le cardinal aime Lélia d’un amour tout terrestre. Cependant Sténio aussi n’a pas cessé de l’aimer, mais son