Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T2.djvu/139

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mais s’ils s’arrêtent là-dessus, ce n’est guère que pour y trouver des données toutes prêtes pour la biographie de Musset. Ce chapitre nous offre un intérêt beaucoup plus sérieux que celui que lui attribuent les biographes, mais à un autre point de vue. Sauf les vers si connus Sur la presse, ce chapitre est l’unique profession de foi politique et sociale de Musset, elle nous frappe par la profondeur de ses idées générales et de ses vues historiques, par la peinture précise de cette époque remarquable, et enfin par l’exposé net et concis de ses convictions. Il est étonnant qu’un homme comme Musset qui sut si bien comprendre combien la Restauration était rétrograde et apprécier si justement les légitimes aspirations de la jeunesse d’alors, héritées du siècle précédent, n’ait pu cependant en tirer aucune autre conclusion que celle de l’inutilité de la génération contemporaine, inerte, incapable d’action, exclusivement pessimiste et rongée de doute. Cela nous étonne, et c’est cependant tout naturel. Si l’esprit pénétrant de Musset lui avait fait comprendre certains jeunes gens de son temps, notamment ceux qui, comme lui, étaient portés au pessimisme, à l’analyse, au doute, à l’inaction et à la réflexion, il n’avait pas, à coup sûr, cet élan de la pensée qui lui permit d’embrasser objectivement et sous toutes ses faces le mouvement complexe qui s’opérait autour de lui, ainsi que le point de départ et le but final de ce mouvement. Et par sa nature il ne pouvait être de ceux en qui les années précédentes avaient fait naître non un désenchantement impuissant, mais le désir passionné de lutte et de victoire sur l’ancien régime. Nous engageons le lecteur à ne pas perdre de vue que les deux seules professions de foi politique de Musset — la poésie mentionnée plus haut et le second chapitre de la Confession, que malheureusement