Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T2.djvu/385

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disparu. La correspondance recommença cependant, mais le ton romanesque et enthousiaste d’autrefois n’y était plus ; la comtesse surtout se permettait de petits coups d’épingle et parfois des allusions à des sujets aussi délicats que la présence à Nohant de Mallefille, ou Chopin, qu’elle traitait toujours un peu ironiquement, tout en sachant que George Sand avait déjà pour lui une vive sympathie. George Sand, de son côté, disséquait, avec le sang-froid d’un critique, cette même comtesse aux cheveux d’or, à qui elle avait chanté des litanies dont le souvenir se retrouve dans la dédicace de Simon. Elle sentait et voyait clairement combien le joug amoureux pesait à Liszt, combien cette ambitieuse, avec ses lubies et ses prétentions, avec sa duplicité et son amour-propre excessif, était peu faite pour être la compagne du grand artiste ; et lorsque, au commencement de 1838, Balzac passa quelque temps à Nohant, George Sand lui communiqua avec la franchise d’un confrère, la précision et la couleur artistique d’un homme du métier, ses observations sur ce couple disparate, et conseilla au célèbre romancier de faire sur ce sujet un roman qu’il lui était peu commode de faire, à elle-même, et de l’intituler les Amours forcées ou les Galériens, car, Liszt et la comtesse lui apparaissaient bien comme deux forçats rivés à la même chaîne, et traînant le même boulet dont ils ne pouvaient se défaire.

Balzac ne donna pas ce titre à son roman, mais il donna bien, comme on le sait, dans sa Béatrix, les portraits de Liszt, de Mme d’Agoult, de Gustave Planche et de George Sand elle-même, ainsi que la peinture de sa vie quelque peu excentrique. Dans la correspondance inédite de Balzac avec George Sand, il y a une foule de détails fort curieux sur cet épisode, et dans les lettres de Balzac à l’« Étrangère »,