Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/140

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MULVANEY, INCARNATION
DE KRISHNA




AU temps jadis, et dans un pays très lointain, il y avait trois hommes qui s’aimaient l’un l’autre à tel point que ni homme ni femme ne parvenait à les séparer. Ils n’étaient en aucune façon distingués, et on ne pouvait les recevoir même sur le paillasson extérieur à la porte des gens comme il faut, car ils se trouvaient être simples soldats dans l’armée de Sa Majesté ; et les simples soldats de ce genre ont peu de temps pour se cultiver l’esprit. Leur devoir est de maintenir d’une propreté impeccable eux-mêmes et leur fourniment, de s’abstenir de s’enivrer plus souvent que de besoin, d’obéir à leurs chefs et de prier Dieu pour avoir une guerre. Toutes choses que mes amis accomplissaient, et de leur propre mouvement ils se jetaient en des batailles où ne les appelaient pas les règlements de l’armée. Leur destin les envoya faire leur service dans l’Inde, laquelle n’est pas un pays doré, encore que les poètes l’aient chanté autrement. Les hommes y meurent avec grande rapidité, et ceux qui vivent subissent maintes aventures singulières. Mes