Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/27

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route a été bien longue, et j’ai mis bien des mois à arriver. Où est sa maison ?

Gillis resta interdit. Il avait suffisamment connu Georgina autrefois pour savoir que les explications seraient inutiles. On ne peut expliquer les choses aux Orientaux. Il faut les leur montrer.

— Je vais vous y mener, répondit Gillis.

Et entraînant Georgina hors de la route il lui fit escalader la falaise par un petit raccourci qui aboutissait derrière une maison située sur une plateforme taillée dans le rocher.

On venait d’allumer les lampes, mais les rideaux n’étaient pas tirés. Gillis s’arrêta devant la fenêtre du salon et dit :

— Maintenant, regardez.

Georgina regarda et vit Georgie Porgie avec la jeune mariée.

Elle porta la main à ses cheveux qui s’étaient échappés du chignon et lui pendillaient sur la figure. Elle tenta de rajuster son vêtement délabré, mais ce n’était plus qu’un haillon informe, et elle eut une bizarre petite toux, car elle avait en vérité pris un bien mauvais rhume. Gillis regarda lui aussi, mais tandis que Georgina, n’accordant qu’un seul regard à la jeune mariée, ne quittait pas des yeux Georgie Porgie, Gillis ne cessait de regarder la jeune mariée.

— Qu’est-ce que vous allez faire ? demanda Gillis, qui tenait Georgina par le poignet, de crainte qu’elle ne s’élançât à l’improviste dans la lumière de la lampe. Allez-vous entrer et dire à cette Anglaise que vous avez vécu avec son mari ?