Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/39

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— Ils iront se cacher entre les poutres du toit, dit Strickland. Je ne puis supporter d’avoir des serpents au-dessus de ma tête. Je vais monter. Si je les jette à bas, soyez prêt à leur casser les reins avec une baguette de fusil.

Je ne tenais guère à aider Strickland dans sa besogne, mais je pris la baguette et attendis dans la salle à manger, tandis que Strickland allait prendre dans la véranda une échelle de jardinier et la disposait contre la paroi de la pièce. Les queues de serpents remontèrent et disparurent. Nous entendîmes le froissement sec de leurs longs corps courir par-dessus la toile ventrue. Strickland prit une lampe avec lui, tandis que je m’efforçais de lui démontrer le danger de faire la chasse à des serpents de toit entre une toile de plafond et un chaume, sans parler du dégât causé à la propriété d’autrui, s’il arrachait ladite toile de plafond.

— Baste ! dit Strickland. Ils vont sûrement se cacher contre les murs au voisinage de la toile. Les briques sont trop froides pour eux, et ils n’aiment rien tant que la chaleur de la salle.

Il empoigna l’angle de la toile et arracha de la corniche le tissu délabré qui céda avec un grand bruit de déchirure. Par le pertuis Strickland avança la tête dans l’obscurité de l’angle formé par les poutres du toit. Comme je n’avais pas la moindre idée de ce qui pouvait s’en abattre, je levai ma baguette de fusil en serrant les mâchoires.

— Hum ! fit Strickland, dont la voix retentit dans les profondeurs du toit. Il y a place là-haut