Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/43

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la porte de la chambre de Strickland. C’était l’indice que Bahadur Khan, son valet de chambre, avait cessé de dormir et désirait mettre Strickland au lit.

— Entre, lui dit Strickland. La nuit est très chaude, n’est-ce pas ?

Bahadur Khan, un grand mahométan de six pieds, à turban vert, répondit que la nuit était en effet très chaude mais qu’il y avait encore de la pluie dans l’air, ce qui, avec la permission, de Son Honneur, ferait du bien au pays.

— Il en sera ainsi, s’il plaît à Dieu, dit Strickland en se débarrassant de ses bottes. J’ai dans l’idée, Bahadur Khan, que je t’ai fait travailler sans pitié durant bien des jours… voire même depuis le temps où tu es entré à mon service. Quand était-ce ?

— Le fils du ciel a-t-il oublié ? C’était quand Imray Sahib partit secrètement pour l’Europe sans avertir, et où moi… oui, moi-même… je suis entré à l’honorable service du protecteur du pauvre.

— Et Imray Sahib est parti pour l’Europe ?

— C’est ce qu’on dit parmi les serviteurs.

— Et tu te remettras à son service quand il reviendra ?

— Assurément, sahib. C’était un bon maître et qui dorlotait ses domestiques.

— C’est vrai. Je suis très fatigué, mais j’irai quand même chasser au chevreuil demain. Donne-moi la petite carabine dont je me sers pour le chevreuil noir ; elle est dans l’étui là-bas.

L’homme se pencha vers l’étui, tendit les canons, la crosse et la partie d’avant à Strickland qui les