Page:Kipling - Du cran.djvu/262

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C’était passionnant, mais peu clair. Je me rendis au bureau du télégraphe, où je trouvai Strickland de fort méchante humeur au milieu d’un tas de formules télégraphiques. Un palefrenier borgne, échevelé, pleurnichait dans un coin par saccades. C’était un homme auquel Adam s’adressait invariablement par be-shakl, be-ukl, be-ank (laid, stupide, aveugle). À ce que je crus comprendre, Strickland avait envoyé le cheval de sa femme à Dalhousie par la route, une marche de quinze jours, sous la conduite du palefrenier. C’est la coutume dans l’Inde Supérieure. Au milieu des contreforts, près de Dhunnera ou Dhar, cheval et homme avaient été violemment attaqués la nuit par quatre individus qui avaient frappé le palefrenier (la preuve, sa jambe bandée du genou à la cheville), incidemment frappé le cheval, et dépouillé le palefrenier du seau et de la couverture, et de tout son argent — onze roupies, neuf annas. En dernier lieu ils l’avaient laissé pour mort sur le bord de la route, où les bûcherons l’avaient trouvé et soigné. Puis le palefrenier borgne hurlait d’angoisse à la pensée de ses meurtrissures.