Page:Kostomarov - Deux nationalités russes.djvu/24

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seurs de la justice au profit des faibles. Au sujet de Vsévolod-Youriévitch, le chroniqueur dit : « C’était un juge équitable et impartial, n’obéissant pas aux intérêts de ces boiars puissants qui offensaient les faibles, dépouillaient les orphelins et employaient la violence ».

En même temps que le droit d’élection, le principe du Vetché prend la plus large extension et par cela même se sape et se détruit lui-même.

Les Vladimiriens n’élisent pas seulement Vsévolod-Youriévitch comme prince dans le Vetché, devant leur Porte d’or, mais aussi ses enfants. Ainsi le Vetché assume le droit d’étendre ses décisions non seulement sur les vivants mais sur la postérité, d’établir un ordre solide pour longtemps, sinon pour toujours, jusqu’à ce qu’un génie trouve une autre direction, une autre voie et conduise ainsi à son nouveau but, proclamant comme auparavant dans son apothéose le succès de l’entreprise sanctifiée par la bénédiction de Dieu.

Enfin la construction même de la ville de Vladimir a un sens particulier portant un caractère nettement grand russien. On sait que nos savants ont donné une nouvelle signification à nos villes nouvelles, justement parce qu’elles étaient neuves. Quant à nous, la nouveauté des villes en elle-même ne signifie pas grand’chose. La fondation de nouvelles villes ne pouvait créer de nouvelles idées, établir un nouvel ordre de choses plus vite que cela n’aurait pu se faire dans les anciennes villes. Les habitants des nouvelles villes étaient des émigrés des anciennes villes, qui inconsciemment apportaient les idées, les points de vue qu’ils avaient dans leur ancienne résidence. Ceci surtout devait arriver en Russie où les nouvelles villes ne perdaient jamais leurs relations avec les anciennes. Si une nouvelle ville veut se rendre indépendante et s’affranchir de l’autorité de la vieille ville, elle devra par ce seul fait essayer de devenir ce qu’était l’ancienne et rien de plus. Pour qu’une nouvelle ville produise et cultive chez elle un nouvel ordre de choses, il faut, ou bien que les émigrés de la vieille, en posant les fondations de la nouvelle, soient sortis de la vieille ville par suite de mouvements auxquels la masse était opposée ou que les nouveaux habitants aient été coupés, privés de tout rapport avec le vieil ordre de choses et qu’ils aient été placés dans des conditions favorables au nouvel ordre. Les émigrés, quelqu’éloi-