Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/171

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


spéciaux suivis par des « scholæ » ou bandes de guerriers chargés de les protéger contre les intrus possibles. Ils préférèrent les travaux paisibles à la guerre ; ainsi le caractère pacifique de l’homme fut la cause de la spécialisation du métier de guerrier, spécialisation qui amena plus tard la servitude et toutes les guerres de la « Période des États » de l’histoire de l’humanité.


L’historien trouve de grandes difficultés à remettre au jour les institutions des barbares. A chaque pas on rencontre de faibles indications que l’on ne saurait expliquer par les seuls documents historiques. Mais on projette une pleine lumière sur le passé dès qu’on se reporte aux institutions des très nombreuses tribus qui vivent encore avec une organisation sociale presque identique à celle de nos ancêtres barbares. Ici, nous n’avons que l’embarras du choix, parce que les îles du Pacifique, les steppes de l’Asie et les plateaux d’Afrique sont de véritables musées historiques, contenant des spécimens de tous les états intermédiaires possibles qu’a traversés l’humanité pour passer des gentes sauvages à l’organisation par États. Examinons quelques-uns de ces spécimens.

Si nous prenons les communautés villageoises des Bouriates (Mongols), particulièrement ceux de la steppe Koudinsk sur la Lena supérieure, qui ont le plus échappé à l’influence russe, nous trouvons en eux de fidèles représentants de l’état barbare qui marque la transition entre l’élevage des bestiaux et l’agriculture[1]. Ces Bouriates vivent encore en « familles indivises » ;

  1. Un historien russe, le professeur Schiapoff de Kazan, qui fut exilé en Sibérie en 1862, a donné une bonne description de leurs institutions dans les Izvestia de la société géographique de la Sibérie orientale, vol. V, 1874.