Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/19

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


d’entr’aide — la tribu, la commune du village, les guildes, la cité du moyen âge — commencèrent, au cours de l’histoire, à perdre leur caractère primitif, à être envahies par des croissances parasites, et à devenir ainsi des entraves au progrès, la révolte de l’individu contre ces institutions, présenta toujours deux aspects différents. Une partie de ceux qui se soulevaient luttaient pour améliorer les vieilles institutions ou pour élaborer une meilleure organisation, basée sur les mêmes principes d’entr’aide. Ils essayaient, par exemple, d’introduire le principe de la « compensation » à la place de la loi du talion, et plus tard le pardon des offenses, ou un idéal encore plus élevé d’égalité devant la conscience humaine, au lieu d’une « compensation, » proportionnelle à la caste de l’individu lésé. Mais à côté de ces efforts, d’autres individus se révoltaient pour briser les institutions protectrices d’entr’aide, sans autre intention que d’accroître leurs propres richesses et leur propre pouvoir. C’est dans cette triple lutte, entre deux classes de révoltés et les partisans de l’ordre établi, que se révèle la vraie tragédie de l’histoire. Mais pour retracer cette lutte et pour étudier avec sincérité le rôle joué dans l’évolution de l’humanité par chacune de ces trois forces, il faudrait au moins autant d’années que j’en ai mis à écrire ce livre.

Parmi les œuvres traitant à peu près le même sujet, parues depuis la publication de mes articles sur l’entr’aide chez les animaux, il faut citer The Lowell Lectures on the Ascent of Man, par Henry Drummond (Londres, 1894), et The Origin and Growth of the Moral Instinct, par A. Sutherland (Londres, 1898). Ces deux livres sont conçus suivant les grandes lignes de l’ouvrage de Büchner sur l’amour ; et dans le second de ces livres le sentiment de famille et de parenté, considéré comme la seule influence agissant sur le développement des sentiments moraux est traité assez longuement. Un troisième ouvrage, traitant de l’homme et construit sur un plan analogue, The Principles of Sociology par le professeur F.-A. Giddings, a paru en première édition à New-York et à Londres en 1896, et les idées dominantes en