Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/216

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de notre temps. Chaque groupe avait sa part de souveraineté. La cité était généralement divisée en quatre quartiers, ou en cinq, six ou sept sections, rayonnant d’un centre ; chaque quartier ou section correspondant à peu près à un certain métier ou profession qui y dominait, mais contenant cependant des habitants de différentes positions et occupations sociales — nobles, marchands ou même demi-serfs. Chaque section ou quartier constituait une agglomération tout à fait indépendante. A Venise, chaque île formait une communauté politique indépendante. Elle avait ses métiers organisés, son commerce de sel, sa juridiction, son administration, son forum ; et la nomination d’un doge par la cité ne changeait rien à l’indépendance intérieure des unités[1]. A Cologne nous voyons les habitants divisés en Geburschaften et Heimschaften (viciniæ), c’est-à-dire des guildes de voisinage, qui dataient de la période franque. Chacune avait son juge (Burrichter) et les douze échevins élus (Schoffen), son prévôt et son greve, ou commandant de la milice locale[2]. L’histoire des premiers temps de Londres avant la conquête — dit M. Green — est celle « d’une quantité de petits groupes disséminés dans l’enceinte des murs, chacun se développant avec sa vie propre et ses propres institutions, guildes, « sokes », chapelles, etc., et ne se consolidant que lentement en union municipale[3] ». Et si nous consultons les annales des cités russes, Novgorod et Pskov, toutes deux relativement riches en détails

  1. Lebret, Histoire de Venise, I, 393 ; voir aussi Marin, cité par Leo et Botta dans Histoire de l’Italie, édition française, 1844, t. I, 500.
  2. Dr W. Arnold, Verfassungsgeschichte der deutschen Freistädte, 1854, vol. II, 227 et suiv. ; Ennen, Geschichte der Stadt Köln, vol. I, 228, 229 ; et aussi les documents publiés par Ennen et Eckert.
  3. Conquest of England, 1883, p. 453.