Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/266

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universités et dans les églises, que les institutions, qui avaient permis aux hommes d’exprimer autrefois leur besoin d’entr’aide, ne pouvaient être tolérées dans un État bien organisé. L’État seul pouvait représenter les liens d’union entre ses sujets. Le fédéralisme et le « particularisme » étaient les ennemis du progrès, et l’État était le seul initiateur du progrès, le seul vrai guide vers le progrès. A la fin du XVIIIe siècle les rois dans l’Europe centrale, le Parlement dans les Îles Britanniques, et la Convention révolutionnaire en France, bien que tous ces pays fussent en guerre les uns contre les autres, étaient d’accord entre eux pour déclarer qu’aucune union distincte entre citoyens ne devait exister dans l’État ; que les travaux forcés ou la mort étaient les seuls châtiments qui convinssent aux travailleurs qui oseraient entrer dans des « coalitions ». « Pas d’état dans l’État ! » L’État seul et l’Église d’État doivent s’occuper des affaires d’intérêt général, tandis que les sujets doivent représenter de vagues agglomérations d’individus, sans aucun lien spécial, obligés de faire appel au gouvernement chaque fois qu’ils peuvent sentir un besoin commun. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, ce fut la théorie et la pratique en Europe. On regardait avec méfiance jusqu’aux sociétés commerciales et industrielles. Quant aux travailleurs, leurs associations étaient traitées comme illégales en Angleterre jusqu’au milieu du XIXe siècle et dans le reste de l’Europe jusqu’en ces vingt dernières années. Tout le système de notre éducation d’État fut tel que, jusqu’à l’époque actuelle, même en Angleterre, une grande partie de la société considéra comme une mesure révolutionnaire la concession de ces mêmes droits que chacun, fût-il homme libre ou serf, exerçait il y a cinq cents ans dans l’assemblée populaire de son village, dans la guilde, la paroisse, la cité.