Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/294

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munes villageoises d’origine récente, qui se sont formées spontanément[1].

La Crimée et la région située au Nord de la Crimée (la province de Tauride), pour lesquelles nous possédons des documents détaillés, sont un excellent exemple de ce mouvement. Ce territoire commença à être colonisé, après son annexion en 1783, par des Petits et des Grands Russiens, par des habitants de la Russie Blanche et des Cosaques, des hommes libres et des serfs fugitifs qui vinrent isolément ou en petits groupes de tous les côtés de la Russie. Ils s’occupèrent d’abord de l’élevage des bestiaux et, quand ils commencèrent plus tard à cultiver le sol, chacun en cultiva autant que ses moyens le lui permirent. Mais quand, l’immigration continuant et les charrues perfectionnées ayant été introduites, la terre se trouva très recherchée, d’âpres querelles s’élevèrent entre les colons. Ces disputes durèrent des années, jusqu’à ce que les colons, qui n’étaient auparavant unis par aucun lien mutuel, en vinrent peu à peu à l’idée qu’un terme devait être mis aux disputes par l’introduction de la propriété communale de la terre. Ils adoptèrent des décisions stipulant que la terre qu’ils possédaient individuellement deviendrait dorénavant propriété communale, et ils se mirent à la répartir entre les habitants selon les règles habituelles de la commune villageoise. Le mouvement prit peu à peu une grande extension, et, sur une partie seulement de ce territoire, les statisticiens comptèrent 161 villages dans lesquels la propriété communale avait été introduite par les propriétaires paysans eux-mêmes,

  1. M. V. V., dans sa Communauté paysanne, a groupé tous les faits relatif à à ce mouvement. Touchant le rapide développement agricole du Sud de la Russie et la propagation des machines, les lecteurs anglais trouveront des informations dans les rapports de leurs consuls (Odessa, Taganrog),