Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/32

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c’est l’abondance de faits d’entr’aide, non seulement pour l’élevage de la progéniture, comme le reconnaissent la plupart des évolutionnistes, mais aussi pour la sécurité de l’individu, et pour lui assurer la nourriture nécessaire. Dans de nombreuses catégories du règne animal l’entr’aide est la règle. On découvre l’aide mutuelle même parmi les animaux les plus inférieurs, et il faut nous attendre à ce que, un jour ou l’autre, les observateurs qui étudient au microscope la vie aquatique, nous montrent des faits d’assistance mutuelle inconsciente parmi les micro-organismes. Il est vrai que notre connaissance de la vie des invertébrés, à l’exception des termites, des fourmis et des abeilles, est extrêmement limitée ; et cependant, même en ce qui concerne les animaux inférieurs, nous pouvons recueillir quelques faits dûment vérifiés de coopération. Les innombrables associations de sauterelles, de vanesses, de cicindèles, de cigales, etc., sont en réalité fort mal connues ; mais le fait même de leur existence indique qu’elles doivent être organisées à peu près selon les mêmes principes que les associations temporaires de fourmis et d’abeilles pour les migrations[1]. Quant aux coléoptères nous avons des faits d’entr’aide parfaitement observés parmi les nécrophores. Il leur faut de la matière organique en décomposition pour y pondre leurs œufs, et pour assurer ainsi la nourriture à leurs larves ; mais cette matière organique ne doit pas se décomposer trop rapidement : aussi ont-ils l’habitude d’enterrer dans le sol les cadavres de toutes sortes de petits animaux qu’ils rencontrent sur leur chemin. D’ordinaire ils vivent isolés ; mais quand l’un d’eux a découvert le cadavre d’une souris ou d’un oiseau qu’il lui serait

  1. Voyez appendice I.