Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/329

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Dans le système social actuel, tout lien d’union permanente entre les habitants d’une même rue ou d’un même voisinage a été détruit. Dans les quartiers riches d’une grande ville les gens vivent sans connaître leurs plus proches voisins. Mais dans les ruelles populaires tous se connaissent très bien et se trouvent continuellement en contact les uns avec les autres. Naturellement des querelles se produisent dans les petites rues, comme ailleurs ; mais des groupements suivant les affinités personnelles se développent, et dans ces groupes l’entr’aide est pratiquée à un point dont les classes riches n’ont aucune idée. Si nous prenons, par exemple, les enfants d’un quartier pauvre qui jouent ensemble dans une rue ou un cimetière, ou sur un pré, nous nous apercevons tout de suite qu’une union étroite existe entre eux, malgré les combats accidentels, et que cette union les protège contre toutes sortes de mésaventures. Dès qu’un de ces petits se penche curieusement sur l’ouverture d’un égout : « Ne reste pas là, crie un autre petit, la fièvre est dans ce trou ! » « Ne monte pas

    Dr Ihering a cependant écrit sur ce sujet, et son cas est fort instructif. Quand ce grand juriste allemand commença son ouvrage philosophique, Der Zweck im Rechte (« Le but du droit ») il avait l’intention d’analyser « les forces actives qui produisent le progrès de la société et le maintiennent », et ainsi donner « la théorie de l’homme social ». Il analysa d’abord l’action des forces égoïstes, y compris le système actuel de salaires et de coercition dans toute la variété des lois politiques et sociales ; et, suivant le plan soigneusement élaboré de son ouvrage ; il avait l’intention de consacrer le dernier chapitre aux forces morales — le sens du devoir et l’amour mutuel — qui contribuent au même but. Mais quand il en vint à étudier les fonctions sociales de ces deux facteurs, il dut écrire un second volume deux fois plus gros que le premier ; et cependant il ne traita que des facteurs personnels, qui ne prendront dans ce livre-ci que quelques lignes. L. Dargau reprit la même idée dans Egoismus und Altruismus in der Nationalökönomie, Leipzig, 1885, en ajoutant quelques faits nouveaux. L’Amour, de Büchner, et plusieurs paraphrases de cet ouvrage publiées en Angleterre et en Allemagne traitent le même sujet.