Page:Kropotkine - La Conquête du pain.djvu/74

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querelle survenue pour l’exploitation de telle partie de l’Asie ou de l’Afrique. L’agriculteur souffre de la dépopulation des campagnes, dont la jeunesse est entraînée vers les manufactures des grandes villes, soit par l’appât de salaires plus élevés, payés temporairement par les producteurs des objets de luxe, soit par les agréments d’une vie plus mouvementée ; il souffre encore de la protection artificielle de l’industrie, de l’exploitation marchande des pays voisins, de l’agiotage, de la difficulté d’améliorer le sol et de perfectionner l’outillage, etc. Bref, l’agriculture souffre, non seulement de la rente, mais de l’ensemble des conditions de nos sociétés basées sur l’exploitation ; et lors même que l’expropriation permettrait à tous de cultiver la terre et de la faire valoir sans payer de rentes à personne, l’agriculture, — lors même qu’elle aurait un moment de bien-être, ce qui n’est pas encore prouvé, retomberait bientôt dans le marasme où elle se trouve aujourd’hui. Tout serait à recommencer, avec de nouvelles difficultés en plus.


De même pour l’industrie. Remettez demain les usines aux travailleurs, faites ce que l’on a fait pour un certain nombre de paysans qu’on a rendus propriétaires du sol. Supprimez le patron, mais laissez la terre au seigneur, l’argent au banquier, la Bourse au commerçant ; conservez dans la société cette masse d’oisifs qui vivent du travail de l’ouvrier, maintenez les mille intermédiaires, l’État avec ses fonctionnaires innombrables, — et l’industrie ne marchera pas. Ne trouvant pas d’acheteurs dans la masse des paysans restés pauvres ; ne possédant pas la matière première et ne pouvant exporter ses produits, en partie à cause de l’arrêt du commerce et surtout par l’effet de la dé-