Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/144

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Chapitre V


LA VIE DE CAMP À PÉTERHOF. — EXERCICES MILITAIRES EN PRÉSENCE DE L’EMPEREUR. — ENSEIGNEMENT PRATIQUE. — DIFFUSION DES IDÉES RÉVOLUTIONNAIRES. — ABOLITION DU SERVAGE. — IMPORTANCE ET CONSÉQUENCES DE CETTE ABOLITION.


Tous les étés nous allions au camp de Péterhof avec les autres écoles militaires du district de Pétersbourg. Tout bien considéré, notre vie y était agréable, et certainement ce séjour était excellent pour notre santé : nous dormions sous de vastes tentes, nous nous baignions dans la mer et pendant six semaines nous prenions de l’exercice au grand air.

Dans les écoles militaires le principal but qu’on se proposait en venant au camp était évidemment l’exercice militaire, que nous détestions tous, mais dont on atténuait parfois l’ennui en nous faisant prendre part aux manœuvres. Un soir, comme nous allions nous coucher, Alexandre II fit sonner l’alarme, et tout le camp fut sur pied immédiatement — plusieurs milliers de jeunes gens se groupant autour de leurs drapeaux, et les canons de l’école d’artillerie tonnant dans le silence de la nuit. Tout le Péterhof militaire arrivait au galop, mais par suite d’un malentendu l’empereur restait à pied. Des ordonnances