Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/23

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savait d’où », pour prendre possession des plus hautes charges du gouvernement dans la nouvelle capitale des bords de la Néva.

Dans leur jeunesse, la plupart avaient tenté la fortune au service de l’État, le plus souvent dans l’armée. Mais ils l’avaient bientôt quitté, pour une raison ou une autre, sans être parvenus à un rang élevé. Les plus heureux - et mon père fut de ceux-là - obtinrent dans leur ville natale une situation tranquille, presque honorifique, tandis que la plupart quittèrent simplement le service actif. Mais quel que fût le point du vaste empire où ils durent séjourner au cours de leur carrière, ils trouvaient toujours moyen de passer leur vieillesse dans une de leurs maisons du Vieux Quartier des Écuyers, à l’ombre de l’église où ils avaient été baptisés, et où l’on avait récité les dernières prières aux obsèques de leurs parents.

De nouveaux rameaux se détachaient des anciens troncs. Les uns se distinguaient plus ou moins en différents points de la Russie ; d’autres possédaient des maisons plus somptueuses, dans le style du jour, en d’autres quartiers de Moscou ou à Saint-Pétersbourg ; mais la branche qui continuait à résider dans le Vieux Quartier des Écuyers, près de l’église, verte, jaune, rose ou brune, liée aux anciennes traditions, était considérée comme la branche représentant réellement la famille, quelle que fût du reste sa place, dans l’arbre généalogique. Son chef, fidèle aux vieilles coutumes, était traité avec un grand respect, — il est vrai, légèrement nuancé d’ironie, — même par les jeunes représentants du même tronc, qui avaient quitté leur ville natale pour une plus brillante carrière à la Cour ou dans les Gardes à Saint-Pétersbourg. Pour eux, il personnifiait l’antiquité de la famille et ses traditions.

Dans ces rues tranquilles, loin du bruit et du mouvement du Moscou commercial, toutes les maisons se ressemblaient. Le plus souvent elles étaient en bois, recouvertes de toits de tôle d’un vert vif, revêtues de