Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/250

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les études scientifiques, j’entrai à la section mathématique de la faculté des sciences physiques et mathématiques. Mon frère entra à l’Académie militaire de Jurisprudence, tandis que je renonçai entièrement au service militaire, au grand mécontentement de mon père, qui ne pouvait supporter même la vue d’un vêtement civil. Nous avions désormais, mon frère et moi, à ne compter que sur nous-mêmes.

Pendant les cinq années qui suivirent, les études universitaires et les recherches scientifiques absorbèrent tout mon temps. Un étudiant en mathématiques a naturellement beaucoup à faire ; cependant comme j’avais déjà étudié les mathématiques supérieures, je pus consacrer une partie de mon temps à la géographie. D’ailleurs, je n’avais pas perdu en Sibérie l’habitude de travailler.

Le compte rendu de ma dernière expédition était sous presse ; mais à ce moment un vaste problème se dressait devant moi. Mes voyages en Sibérie m’avaient convaincu que les montagnes qui étaient alors représentées sur les cartes de l’Asie septentrionale étaient tout à fait fantaisistes, et ne donnaient aucune idée de la structure du pays. Les grands plateaux qui sont un trait si caractéristique de l’Asie n’étaient même pas soupçonnés par ceux qui dessinaient les cartes. Dans les bureaux topographiques, au lieu de ces plateaux s’étaient développées, contrairement aux indications et même aux croquis d’explorateurs comme L. Schwartz, de grandes chaînes de montagnes, telles que, par exemple, la partie orientale des monts Stanivoï, qu’on représentait comme une chenille noire rampant vers l’est. Ces chaînes de montagnes n’existent pas dans la nature. Les sources des fleuves qui se dirigent vers l’océan Arctique d’une part, et le Pacifique de l’autre, sont situées les uns et les autres à la surface d’un même grand plateau. Ces cours d’eau prennent naissance dans les mêmes marais. Mais dans l’imagination des topographes européens, les plus hautes chaînes doivent suivre les principales lignes de