Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/267

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Chapitre II


LA SITUATION À PÉTERSBOURG. — DOUBLE NATURE D’ALEXANDRE II. — CORRUPTION DANS L’ADMINISTRATION. — EMPÊCHEMENTS À L’ENSEIGNEMENT. — DÉCADENCE DE LA SOCIÉTÉ PÉTERSBOURGEOISE. — L’AFFAIRE KARAKOSOV.


Pétersbourg avait beaucoup changé depuis que je l’avais quitté en 1862. « Ah ! oui, vous connaissiez le Pétersbourg de Tchernychevsky, » me dit un jour le poète Maïkov. En effet, je connaissais le Pétersbourg dont Tchernychevsky était le favori. Mais comment qualifierai-je la ville que je trouvais à mon retour ? Peut-être comme le Pétersbourg des cafés-chantants, si les mots « le Tout-Pétersbourg » doivent réellement signifier le grand monde, les milieux qui prenaient le la à la Cour.

A la Cour et dans les cercles qui en dépendaient, les idées libérales étaient vues d’un mauvais œil. Tous les hommes éminents des années qui suivirent 1860, même des modérés comme le comte Nicolas Mouraviev et Nicolas Miloutine, étaient traités en suspects. Seul Dmitri Miloutine, le Ministre de la Guerre, fut maintenu à son poste par Alexandre II, parce que la réalisation de la réforme qu’il avait à accomplir dans l’armée exigeait un