Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/300

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


rigoureusement logique des conditions existantes, et un exposé merveilleusement clair des idées de la classe ouvrière.

En Belgique, en Hollande et même en Portugal le même mouvement s’étendait et il avait déjà amené dans les rangs de l’Association la plus grande partie et les meilleurs éléments des mineurs et des tisserands belges. En Angleterre les trade unionss’étaient aussi jointes au mouvement, du moins en principe, et, sans s’engager dans le socialisme, elles étaient prêtes à soutenir leurs frères du continent dans leurs luttes contre le Capital, principalement dans les grèves. En Allemagne les socialistes avaient conclu une alliance avec les partisans assez nombreux de Lassalle et jeté les premiers fondements d’un parti social-démocrate. L’Autriche et la Hongrie suivaient la même voie, et bien qu’une organisation internationale ne fût pas possible alors en France après la défaite de la Commune et avec la réaction qui suivit (des lois draconiennes avaient été édictées contre les membres de l’Association) on n’en était pas moins convaincu que cette période de réaction ne durerait pas et que la France reviendrait à l’Association et prendrait la tête du mouvement.

En arrivant à Zurich, je m’affiliai à une des sections locale de l’Association Internationale des Travailleurs. Je demandai aussi à mes amis russes où je pourrais me renseigner davantage sur le grand mouvement qui se produisait dans les autres pays. « Lisez », me répondirent-ils ; et ma belle-sœur, qui étudiait alors à Zurich, m’apporta un grand nombre de livres et des collections de journaux des deux dernières années. Je passai des jours et des nuits à lire et je retirai de ce travail une impression profonde que rien ne saurait effacer. Le flot de pensées nouvelles éveillées en moi par ces lectures est associé dans mon esprit à une étroite chambre proprette de l’Oberstrass, de la fenêtre de laquelle l’œil découvre le lac bleu, les montagnes où les Suisses combattirent pour leur indépendance, et les hautes