Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/470

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de pratiquer des travaux de mines, était creusée tout autour du palais Anitchkov, dans lequel résidait Alexandre III quand il était héritier présomptif.

On fonda une Ligue secrète pour la protection du tsar. Des officiers de tous grades reçurent triple traitement pour y entrer et se charger d’un service d’espionnage volontaire dans toutes les classes de la société. Des scènes amusantes se produisaient, cela va sans dire. Deux officiers, ignorant qu’ils appartenaient tous les deux à la Ligue, cherchaient à s’entraîner réciproquement dans une conversation compromettante, au cours d’un voyage en chemin de fer, et ils voulaient ensuite s’arrêter l’un l’autre ; mais au dernier moment ils s’apercevaient à leur grand regret qu’ils avaient perdu leur temps. Cette Ligue existe encore sous une forme plus officielle, sous le nom d’Okhrana (Protection) et de temps en temps elle effraie le tsar actuel par la menace de dangers imaginaires, sous prétexte d’assurer son existence.

Une organisation encore plus secrète, la Sainte Ligue, fut formée à la même époque sous la direction de Vladimir, frère du tsar, dans le but de combattre les révolutionnaires par tous les moyens. L’un de ces moyens était de tuer ceux des réfugiés que l’on supposait avoir été les chefs des dernières conspirations. J’étais de ce nombre. Le grand-duc reprocha violemment aux officiers de la Ligue leur lâcheté, exprimant le regret qu’il n’y eût personne parmi eux qui voulût se charger de tuer ces réfugiés ; et un officier, qui avait été page de chambre à l’époque où j’étais au corps des pages, fut chargé par la Ligue de mettre ce projet à exécution.

La vérité est que les réfugiés établis à l’étranger n’étaient mêlés en rien à ce que faisait ce Comité Exécutif. Prétendre diriger de Suisse des conspirations, alors que ceux qui étaient à Pétersbourg agissaient sous une perpétuelle menace de mort, aurait été pire qu’une absurdité ; et comme Stepniak et moi avions écrit à plusieurs reprises, pas un de nous n’aurait accepté la tâche douteuse de diriger les autres sans être sur la brèche.