Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/56

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Kropotkine, Colonel et Commandeur de divers ordres.

« Au reçu de cette lettre, et dès que les communications d’hiver seront établies, tu enverras chez moi, à Moscou, vingt-cinq traîneaux de paysan, attelés chacun de deux chevaux, — un cheval sera fourni par chaque maison, et toutes les deux maisons fourniront un traîneau et un homme, — et tu chargeras les traîneaux de froment et de tant de boisseaux de seigle, ainsi que de toutes les volailles, poules, oies et canards, qui devront être tuées cet hiver, bien congelées, bien empaquetées, — le tout accompagné d’une liste complète et placé sous la surveillance d’un homme bien choisi... »

Et cela continuait pendant plusieurs pages, sans un seul point. Enfin venait l’énumération de toutes les pénalités qui seraient infligées si les provisions ne parvenaient pas en temps voulu et en bon état à la maison située dans telle rue, tel numéro.

Quelques jours avant Noël, les vingt-cinq traîneaux de paysan franchissaient en effet nos portes cochères et couvraient toute la surface de la vaste cour.

« Frol ! » criait mon père, dès que la nouvelle de ce grand événement lui parvenait. « Kiriouchka ! Yegorka ! Où sont-ils ? Mais on va tout nous voler ! Frol, va recevoir l’avoine ! Ouliana, va recevoir la volaille ! Kiriouchka, appelle la princesse ! »

Toute la maison était sens dessus dessous. Les serviteurs effarés couraient dans toutes les directions, de l’antichambre à la cour et de la cour à l’antichambre, mais surtout vers la chambre des servantes, pour avoir des nouvelles de Nikolskoïé. « Pacha va se marier après Noël. Tante Anna a rendu son âme à Dieu », et ainsi de suite. Des lettres aussi étaient arrivées de la campagne, et bientôt un des servantes montait furtivement dans l’escalier et entrait dans ma chambre.

« Es-tu seul, Pétinka ? Le précepteur n’est pas là ? » « Non, il est à l’Université. » «