Page:L'Humanité nouvelle, année 2, tome 1, volume 2.djvu/138

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rages arrosés par des sources jaillissantes. L’homme qui s’est instruit dans l’art de faire paître les bêtes autour de sa demeure et qui en attend soit leur aide dans le travail, soit leur lait, soit même leur chair, et les protège en conséquence contre les bêtes féroces, peut hardiment quitter la région des forêts ou les bords de la mer et des fleuves, pour suivre ces animaux apprivoisés dans les prairies sans bornes. Des terrains d’un autre caractère, ici des espaces de sable, d’argile, de roches ou de cailloux, plus loin des plateaux neigeux ou des cols de montagnes forment des zones médiaires entre des pays de productions différentes et par conséquent sont interdites par la nature aux laboureurs et aux bergers ; elles ne peuvent être utilisées que par des porteurs trafiquants, soit isolés, soit marchant en groupes ou bien accompagnés par des bêtes sommières.

En toute région naturelle les contrastes du sol, de la végétation, des produits, se complètent par un autre contraste, celui des populations et de leur industrie. L’ambiance explique l’origine de ces différences entre les hommes ; elle explique aussi pourquoi la même forme de civilisation peut se maintenir de siècle en siècle indépendamment des progrès qui modifient plus ou moins rapidement les nations agricoles, nées dans les régions où des conditions favorables ont permis la domestication et l’élève des plantes nourricières. De tout temps la plage maritime et la rive fluviale, la forêt et la steppe, le désert et l’oasis, le plateau raboteux et la montagne eurent des habitants assouplis à l’industrie qu’imposait le milieu. Ce qui frappe surtout dans la diversité des moyens employés par l’homme pour la conquête de la nourriture, c’est que les civilisations particulières corrélatives à ces moyens se juxtaposent dans l’espace beaucoup plus qu’elles ne se succèdent dans le temps.

Il arrive même qu’en un pays où s’entremêlent deux régions naturelles, le désert et les campagnes plus ou moins arrosées, la population appartient simultanément à deux états : chaque individu, à la fois agriculteur et pâtre, acquiert une sagacité remarquable, une singulière acuité des sens et un rare esprit de prévision en vertu de sa double industrie. L’époque des labours est-elle arrivée, il monte à chameau emportant sa légère charrue et son sac de semences, à la recherche d’une terre féconde et suffisamment humide pour qu’il n’ait pas à craindre l’effet des sécheresses prolongées. La végétation spontanée du sol, l’aspect du terrain, quelques traits de charrue