Page:L'Humanité nouvelle, année 2, tome 1, volume 2.djvu/142

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du roc, au fond de laquelle s’ouvre la porte secrète des galeries souterraines. Mainte bonne idée lui fut donnée également par l’oiseau constructeur de nids, si habile à entretresser fibres, laines et crins, même à coudre les feuilles. Le monde des insectes put enseigner mainte industrie, telle l’araignée qui sait tisser entre deux rameaux de si merveilleux filets, à la fois souples, élastiques et fermes. Dans la forêt l’homme suit les chemins que lui ont tracés le sanglier, le tapir, ou l’éléphant ; en observant les traces du lion, il sait de quel côté il trouvera la fontaine dans le désert, et le vol des oiseaux, cinglant haut dans le ciel, lui indique où se trouve la brèche la plus facile pour la traversée de la montagne, où surgira pour lui, dans la rondeur de la mer, l’île inaperçue du rivage.

Ce n’est pas tout : souvent l’exemple de l’animal servit à l’homme pour qu’il trouvât l’art de fuir ou de se déguiser au moment du danger ; d’autres exemples, à supposer qu’ils lui fussent nécessaires, ont pu lui enseigner à « faire le mort », c’est-à-dire à se tenir coi pour ne pas attirer l’orage sur sa tête. Les hommes peuvent aussi tirer avantage, pour l’éducation des enfants, de l’art avec lequel les oiseaux savent apporter la becquée, mesurer la nourriture et le temps du vol, et lâcher les oisillons dans l’espace, désormais maîtres de leur destinée. Enfin l’homme a reçu de l’oiseau cette chose inestimable, le sens de la beauté, et plus encore celui de la création poétique. Aurait-il pu oublier l’alouette qui s’élance droit dans le ciel en poussant ses appels de joie, ou bien le rossignol qui, pendant les nuits d’amour, emplit le bois sonore de ses modulations ardentes ou mélancoliques ? D’ailleurs, l’influence exercée par les animaux sur l’homme est mise en parfaite évidence par l’orgueil que certaines tribus mettent à se dire les descendants de telle ou telle bête des champs ou des forêts, et par les déguisements qu’ils se donnent pour ressembler à leurs prétendus ancêtres.

Le domaine de l’imitation embrasse le monde de l’homme aussi bien que celui des animaux. Il suffit qu’une peuplade soit en contact avec une autre peuplade pour que le besoin d’imitation de tel ou tel caractère se fasse aussitôt sentir. Dans un même groupe ethnique, l’individu qui se distingue des autres devient aussi un objet d’imitation pour ses camarades, et du coup, le centre de gravité intellectuelle et morale de toute la société doit se déplacer d’autant. D’ordinaire l’imitation se fait d’une manière inconsciente, comme par une sorte de con-