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Page:L'envers de la Guerre - Tome 1 - 1914-1916.djvu/202

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— J’accompagne Bouttieaux à un train pour Châlons. Il part comme général commandant le Génie d’un corps d’armée. Dans le métro qui nous conduit à la gare de l’Est, un fantassin retournant au front dit à un camarade : « Je donnerais mon bras gauche pour ne pas y retourner. » Il ajoute qu’il a vainement tendu pendant une heure sa main au créneau de sa mitrailleuse pour être atteint par une balle.

Il est 10 heures du matin. Autour de la gare, d’innombrables permissionnaires attendent l’heure d’ouverture des restaurants. Car nul militaire n’a le droit de manger avant 11 heures. Ordre de la place. Les hommes sont assis sur les chariots à bagages, sur les soubassements des grilles, par centaines. Certains ont voyagé deux nuits… Tout est absurde dans l’absurde.

Sur le quai, des permissionnaires repartent. Il y a des femmes qui leur tendent une dernière fois leur petit mioche. Et je vois à l’un de ces hommes un tel masque de douleur, que je me sauve sans me retourner. Tenez : c’est cela, quand on le réalisera, qui empêchera le retour de la guerre !

— Le 20. Clemenceau, malgré sa haine du socialisme, écrit qu’il est prêt à tendre la main au socialiste Renaudel, pour constituer un Comité de Salut Public.

— Déjeuner avec la fille et le gendre de Sarrail. Mobilisé comme capitaine, celui-ci fut voir son beau-père à Salonique.

D’après lui, Briand, Bourgeois, Painlevé, soutiennent Sarrail au Conseil des ministres.

Joffre verrait d’un mauvais œil un succès possible de Sarrail. S’il lui a envoyé Castelnau, c’était pour que ce dernier ne prît pas sa place sur le front fran-