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LA VIE DE JÉSUS

ils avaient égorgé — nous affirme l’Église — vingt mille enfants innocents.

Quant au bon Dieu père, il ne fit rien pour empêcher cet horrible massacre. Les victimes de la fureur d’Hérode devaient, sans doute (il me le semble du moins), être particulièrement intéressantes pour un bon Dieu un peu juste ; un souffle du Tout-Puissant aurait pu préserver de la mort cette multitude de bé-

    Hélène, mère de L’empereur Constantin, fut achevée par celui-ci en l’an 333, s’élève au-dessus de la grotte où, suivant la fable, Jésus vint au monde.

    Cette église est masquée extérieurement par les hautes murailles et les jardins des couvents latin, grec et arménien qui l’entourent. Elle n’a qu’une entrée à l’ouest, précédée d’une place dallée et couverte de débris. Un vestibule nu et obscur, divisé en trois chambres, ouvre sur l’église.

    L’édifice, dont le plan est disposé en forme de croix, est bâti dans le style romain. Le pied de la croix comprend cinq nefs, formées par quatre rangées de colonnes corinthiennes de six mètres de hauteur et de quatre-vingt-trois centimètres de diamètre ; ces colonnes, au nombre total de quarante-huit, sont monolithes, d’un calcaire veiné qui a le poli du marbre. Les cinq nefs ont la même élévation, celle du centre est aussi large, à elle seule (vingt-six mètres trente), que les quatre autres réunies.

    La traverse de la croix ou transept, qui a la même largeur que la grande nef, se termine à chaque extrémité par une abside demi-circulaire qui marque ses formes à l’extérieur.

    Le haut de la croix, où se trouve le chœur ou sanctuaire, élevé de trois degrés au-dessus de la grande nef, est terminé aussi par un hémicycle qui a des dimensions égales à celles des absides de la croisée.

    L’église n’a pas de voûtes, au-dessus des colonnes est un entablement en bois qui, dans la nef centrale, est surmonté de murs percés de grandes fenêtres. Une charpente à jour, que quelques auteurs croient être en bois de cèdre, prend naissance au-dessus des murs et s’élève en dôme pour porter un toit qui n’a jamais été achevé. Cette charpente, qui date du xviie siècle, est remarquable par son élégance et sa légèreté.

    Des mosaïques à fond d’or et d’élégantes peintures byzantines du xiie siècle couvraient autrefois les colonnes et la partie supérieure des murailles de la nef centrale. Ces ouvrages, précieux par le choix des matériaux et le soin de l’exécution, ont été en partie détruits par les Grecs, vers 1842.

    Un mur de clôture, élevé à la naissance de la croisée, sépare les trois branches supérieures du pied de la croix, qui n’est qu’une sorte de vestibule où les gens de toutes les sectes chrétiennes, aussi bien que les Turcs et les Arabes, viennent causer et fumer. Toute l’harmonie des lignes architecturales est rompue par cette cloison.

    Les Grecs occupent toute la partie supérieure de la croix et le bras droit de la croisée ; au bas du maître-autel, orné avec plus de luxe que de goût, on remarque une étoile de marbre, qui, suivant la fable, correspond au point du ciel où s’arrêta l’étoile miraculeuse par laquelle furent guidés les mages. L’endroit de l’écurie où naquit le Sauveur se trouve perpendiculairement au-dessous de cette étoile.

    L’autel des Arméniens est placé dans le bras gauche du transept, à l’endroit où l’on prétend que s’arrêtèrent les chameaux des mages.

    Les catholiques romains n’ont pas d’autel dans l’église supérieure, mais ils possèdent toute la grotte de la Nativité, à laquelle conduisent deux escaliers tournants, composés chacun de quinze degrés.

    Cette grotte est de forme irrégulière, elle mesure douze mètres de long sur cinq de large et trois de haut. Les parois du roc et le sol sont entièrement revêtus de marbres précieux. Un grand nombre de lampes, sans cesse allumées, éclaire ce sanctuaire vénéré des chrétiens. Tout au fond est l’endroit la Vierge mit censément au monde le Messie, cette place est marquée par un bloc de marbre blanc, incrusté de jaspe et entourée d’un cercle d’argent, radié en forme de soleil ; on lit ces mots à l’entour : « Hic de Virgine Maria Jésus Christus natus est (1717). Ici même, de la Vierge Marie Jésus-Christ est né. » Ainsi, c’est en 1717 que l’on a su l’endroit exact où le fils du bon Dieu a vu le jour. À droite, au midi, on montre la crèche dont le niveau est un peu inférieur à celui de la grotte ; un bloc de marbre, creusé en forme de berceau, indique l’emplacement même où l’enfant du pigeon fut couché sur la paille.

    Un voyageur, M. de Laborde, s’est demandé comment les animaux, le bœuf et l’âne légendaires, avaient fait pour pénétrer dans cet enfoncement ténébreux.

    Nous ne rapporterons pas les nombreuses traditions, plus ou moins cocasses, qui se rattachent à chaque recoin de ce sanctuaire célèbre, le voyageur que nous venons de nommer a remarqué sur l’une des colonnes de l’église cinq petits trous, disposés on forme de croix, qui passent pour être l’empreinte des doigts de la Vierge !

    Plusieurs corridors souterrains, taillés dans le roc, conduisent à la grotte de la Nativité. On y montre l’endroit où saint Jérôme, qui était un chaud lapin comme on sait, passa la plus grande partie de sa vie, son tombeau et celui de ses deux maîtresses, sainte Paule et sainte Eustochie, la mère et la fille. On y montre même un tombeau un peu plus grand que les autres, où sont, à ce qu’on assure, les ossements des vingt mille innocents mis à mort par Hérode. Ajoutons que ces restes sacrés des vingt mille innocents se trouvent également à la cathédrale de Cologne. Il vaut évidemment beaucoup mieux que l’on ait ces ossements en double, que si on les avait malheureusement égarés, — ce qui aurait fort bien pu advenir.