Page:Léon Daudet – Alphonse Daudet.pdf/120

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
106
ALPHONSE DAUDET

clocher. Cette vie de Maillane est idéale ! Non seulement cultiver son jardin et sa vigne, mais encore les célébrer, ajouter par la gloire à la légende, renouer la chaîne des ancêtres ! Il est singulier que la poésie ne s’attache qu’aux objets venus de loin, d’un long usage. Ce qu’on appelle le progrès, mot vague et bien douteux, suscite les parties basses de l’intelligence. Les parties hautes vibrent mieux pour ce qui a touché, exalté une longue série d’imaginations issues les unes des autres, fortifiées par la vue des mêmes paysages, la senteur des mêmes arômes, le toucher des mêmes meubles polis. Les vieilles, très vieilles empreintes, descendent jusqu’au fond de la mémoire obscure, de cette mémoire de la race que tisse la foule des mémoires individuelles. Elles se joignent, les vieilles empreintes, à tout l’effort des laboureurs, des vignerons, des forestiers. Il en est d’elles comme de ces racines qui serpentent et se mêlent à la terre nourricière, s’enchevêtrent, confondent leurs sucs. Les poèmes didactiques sur la vapeur, l’électricité, les rayons X ne sont pas des poèmes. Je devine bien, parbleu, l’objection exceptionnelle : oui le chantre de l’avenir, l’Américain sublime, le lyrique Walt Whitmann ! Mais il est d’un pays sans ancêtres. »

C’était là un de ses thèmes habituels. Il le traitait avec une vigueur, un richesse d’images