Page:L’Étourdi, 1784.djvu/169

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
148
L’ÉTOURDI.


de cette eſpece d’engourdiſſement où l’avait jettée la ſurpriſe & la fureur, elle a adreſſé la parole à M. P. *** qui était interdit & confus. Quels ſont vos deſſeins, lui a-t-elle dit, ſéduire ma fille, empoiſonner ſes jours & les miens ? Le Chevalier s’eſt jeté à ſes pieds, a atteſté le ciel & l’amour de la pureté de ſes intentions. J’expire à vos genoux, Madame, ſi vous ne daignez… L’amour a ranimé mes forces ; je me ſuis auſſi proſternée toute en larmes devant Madame d’Herbeville. Ô ma mere ! me ſuis-je écriée, ſoyez touchée de mes pleurs. Mon âge, l’amour du Chevalier, ſes graces, ſon mérite perſonnel, tout m’excuſe, daignez vous y arrêter un moment. Votre bonté, vos entrailles maternelles… — Comment fille rebelle, tu oſes réclamer les droits de la nature ; ils ſont éteints ſi tu ne changes de façon de penſer. Voilà donc le motif de tes refus ? — J’ai voulu répliquer ; M. P. *** s’eſt efforcé de me juſtifier. Mais elle a été inexorable ; nos larmes n’ont rien pu ſur ſon cœur ; elle m’a dit d’une voix auſſi ter-