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L’ÉTOURDI.


ou plutôt que la vanité de Madame d’Herbeville. Encore une fois, que dois-je faire ? Conſeillez-moi, vous, la dépoſitaire de mes peines & de ma tendreſſe.




… Cruelle Lucie ! que m’apprenez-vous ? Quelle triſte lumiere venez-vous porter dans mon cœur ? Vous deviez eſſuyer mes pleurs, vous les faites couler de nouveau ; pourquoi me faire enviſager toutes les peines que ma tendreſſe pour le Chevalier me prépare ; je trouve cependant une douceur infinie à m’y livrer ; & je ne ſais pas ſi j’ai gagné à ſoulever le bandeau de l’amour, & s’il ne vaut pas mieux tenir à une illuſion qu’on chérit, que de toucher à une réalité déſagréable.

Ah ! qu’il eſt cruel pour une ame ſenſible d’avoir intéreſſé une autre ame délicate & auſſi tendre qu’elle même ? d’avoir reçu le ſerment de ſon affection, d’avoir tranſporté tous les vœux, tous ſes deſirs, tout ſon bonheur vers la gloire de lui plaire, d’en être chérie, & de ſe voir forcée de briſer les