Page:L’Étourdi, 1784.djvu/187

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
4
L’ÉTOURDI.


de Mademoiſelle d’Herbeville ; j’oſais compter ſur la parole qu’elle m’avait donnée de n’être jamais à d’autre qu’à moi. Que devins-je, grand Dieu ! quand elle m’eut fait écrire par ſa meilleure amie, par celle qui poſſédait toute ſa confiance, que ſon mariage était arrangé avec le Comte de ... qu’elle était contrainte d’obéir, & qu’elle me conjurait de n’y apporter aucun empêchement.

Cette épître commença par me donner le délire, & finit par me jeter dans un état de démence. Je m’abandonnai tout entier à ma douleur, reſtai deux jours enfermé ſans boire, ſans manger, & ſans recevoir perſonne. Serfet ſeul pénétra, malgré mes ordres, juſques dans l’appartemment où j’étais retiré : il entra avec fracas & précipitation, il avait un air conquérant. Eh bien ! me dit-il, il faut ſans ceſſe t’arracher à l’amour ; oh ! quel cœur que le tien ! Sais-tu bien que tu me donnes de la peine, & que tu t’expoſes à la riſée publique. Je compte que cette leçon te corrigera totalement, & qu’enfin tu te convaincras, qu’il n’eſt aucune femme qui ne nous ſacrifie au