Page:L’Étourdi, 1784.djvu/58

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
37
L’ÉTOURDI.


mour. Ta préſence eſt le ſeul remede qui lui convienne, te voir eſt pour moi le bonheur. J’ai réſolu d’engager ton frere d’écrire à ton pere en ta faveur, pour que tu reviennes ici ; & s’il me refuſe, je l’y ferai conſentir le piſtolet ſur la gorge. Je ſuis capable de tout, hors de renoncer à toi. “

Cette lettre, qui me fut remiſe par une perſonne de confiance que la Comteſſe m’envoya, me fit le plus grand plaiſir, en me confirmant la poſſeſſion, du cœur d’une femme que j’adorais, & me cauſa en même-temps les plus vives allarmes. Je craignis de compromettre mon amante ; je me rendis auprès d’elle.

Une perruque à faces qui me cachait une partie du viſage, une paire de mouſtaches poſtiches, & ma barbe fort noircie, me déguiſaient aſſez bien pour n’être pas reconnu. Dans cet accoutrement l’avais tout l’air d’un cocher du bon ton. Ce fut ſous ce titre que je me préſentai chez Madame de Larba ; comme elle était ſortie, & que je demandais