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L’ÉTOURDI.


cela pénétrer dans le couvent, jamais il n’avait oſé le tenter. Sa prudence l’empêchait de ſe livrer à toute l’impétuoſité d’une jeune none qui aurait pu ſe perdre & perdre ſon amant, en voulant goûter de ce fruit dont elle n’avait jamais tant deſiré manger, que depuis qu’elle ſe l’était interdit par ſes vœux.

Si mon camarade avait eu quelqu’un qui eut ſecondé ſon entrepriſe & eut riſqué avec lui de ſe rompre le cou en eſcaladant les murs du couvent, il ſe ſerait haſardé. Je répondis à ſa confiance ſur un ton à lui donner la plus grande envie de ſe réunir au plutôt à ſon aimable récluſe. Il ne reſtait plus qu’une légere difficulté, à quoi ſe ſerait amuſé le confident pendant que les autres auraient aſſocié l’amour & les plaiſirs à leurs jeux. Je l’avoue, je ne me ſentais point aſſez philoſophe pour trouver une jouiſſance dans les plaiſirs de mon camarade : & nous n’étions l’un & l’autre point aſſez corrompus pour abuſer de la faibleſſe de ſon amante, & l’avilir en la ſacrifiant tour à tour à nos deſirs.