Page:L’Anarchie passive et le comte Léon Tolstoï.djvu/156

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comme jadis aux temps de la grande transmigration des peuples ? Se laisser massacrer sans se défendre, se laisser tuer, asservir sans défendre ses enfants, ses foyers, les tombeaux de ses parents, les autels de ses églises ? Se laisser massacrer, et en même temps laisser détruire toute notre civilisation, tout ce que l’humanité a conquis pendant des siècles au prix de combats, d’efforts, au prix de souffrances et de sacrifices infinis ?…

Mais allons même plus loin. Supposons pour un moment que toutes ces hordes sauvages aient été magiquement transformées en des êtres semblables à nous, supposons pour un moment que tous ces millions d’hommes à demi sauvages, en Asie, en Afrique, aient accepté comme nous le tolstoïsme, c’est-à-dire la non-résistance au mal par la violence. Supposons cela. Eh bien, dans ces conditions-là, qu’arrivera-t-il ? Sera-ce le paradis sur terre ? — Mais les lois de l’hérédité sont inexorables, et dans cette humanité qui aura accepté votre doctrine de la non-résistance au mal par la violence, il y aura toujours des différences individuelles, il y aura toujours