Page:La Boétie - Œuvres complètes Bonnefon 1892.djvu/28

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sion pacificatrice[1], que les dissensions recommencèrent, d’abord timides, de jour en jour plus ardentes. Celui-ci, pour éviter les désordres à l’avenir, décida, comme il l’avait fait partout auparavant, que les gens seraient désarmés et que les armes seraient déposées à la mairie. Vingt-quatre hommes de bien étaient, en outre, chargés « de tenir la main forte à la justice et faire entretenir les ordonnances du roy et du dit sieur de Burie »[2]. Mais le choix de ces vingt-quatre personnes de bonne volonté présenta bien des difficultés. La Jurade discuta longtemps pour savoir si, dans ce nombre, devaient être compris douze partisans de l’Église réformée, et ce fut là le premier ferment de nouvelles discordes, qui devaient, en fin de compte, aboutir aux arquebusades de Monluc.

On était alors aux derniers jours de 1561. À cette époque, Catherine de Médicis cherchait, sous l’influence de L’Hospital, à réunir une nouvelle conférence à Saint-Germain-en-Laye, pour aplanir les difficultés surgissant sans cesse entre catholiques et huguenots, et essayer ainsi de les rendre impossibles. Convaincu que la modération pourrait seule avoir raison des fléaux religieux qui se déchaînaient sur la France, et poursuivant sans relâche la politique libérale qu’il s’était tracée en arrivant au pouvoir, le Chancelier voulait faire rapporter l’Édit de juillet, voté par le Parlement de Paris, grâce aux Guise, à la mince majorité de trois voix, en juillet précédent. Cet édit défendait les prêches et les assemblées étrangères au culte catholique, sous peine d’emprisonnement et de la confiscation des biens, rigueurs intempestives qui, selon L’Hospital, ne faisaient qu’aggraver le mal. Déjà, une première fois, en septembre 1561, on avait essayé, de réunir les évêques catholiques et les principaux ministres protestants, dans le vieux couvent des Dominicains de Poissy, pour établir, par des concessions mutuelles, un modus vivendi entre les deux religions opposées. Mais les discussions avaient été à la fois si puériles et si acharnées, qu’une entente était irréalisable de ce côté-là. Dans cet état de choses, la reine crut que la magistrature du royaume trouverait plus aisément un remède à ces calamités. Elle convoqua donc en conseil privé, à Saint-Germain-en-Laye, les présidents et les plus influents conseillers des huit Parlements du royaume,

  1. Le 13 octobre 1561, Raymond Eyquem de Montaigne, sieur de Bussaguet, qui avait avec Burie d’étroites relations d’amitié, et qui avait éte lui aussi, en juin 1560, chargé d’aller prêcher la conciliation en Agenais, en compagnie de Burie et de l’avocat du roi Bernard de Lahet, rend compte au Parlement que Burie lui a envoyé sa relation de la pacification de l’Agenais, pour la communiquer à ses collègues et ensuite la faire parvenir au roi (Bibliothèque Nationale, Fonds Périgord, n° II, p. 425).
  2. F. Habasque, Estienne de La Boétie, p. 53.