Page:La Boétie - Œuvres complètes Bonnefon 1892.djvu/34

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II


Le Discours de la Servitude volontaire. Incertitude sur la date de sa composition. Il n’a pas été inspiré, comme on l’a dit, par les cruautés de Montmorency. La Boétie n’a pas voulu faire un pamphlet. Son ouvrage manque de conclusion. Pourquoi ? C’est une œuvre de jeunesse. Mérites et défauts du Contr’un. Il a été retouché. Ne peut-on pas chercher l’influence d’Anne Du Bourg ? Sa publication par les protestants. Sa rareté au XVIIe siècle. Richelieu et La Boëtie. La Révolution française et le Contr’un.


Parfois les existences calmes ont des mystères, comme les eaux tranquilles renferment d’insondables profondeurs. Pour La Boétie, dont on pourrait dire qu’il’n’a pas d’histoire, tant le cours de sa vie fut régulier, le point le plus obscur est la composition du Contr’un. À cet égard, tout est controversé, depuis la date de cette composition jusqu’à la portée elle-même du Discours de la Servitude volontaire.

Montaigne est la cause première de cette incertitude : lui, si exact d’ordinaire quand il s’agit de l’ami de son cœur, donne deux dates au Contr’un. Il avait l’intention de faire une place, dans ses Essais, à l’opuscule de La Boétie, mais « parce que j’ai trouvé que cet ouvrage a été depuis mis en lumière, et à mauvaise fin, par ceux qui cherchent à troubler et à changer l’état de notre police, sans se soucier s’ils l’amenderont, qu’ils l’ont mêlé à d’autres écrits de leur farine, je me suis dédit de le loger ici[1]. » Et dans toutes les éditions parues de son vivant, Montaigne assure que ce Discours fut composé par La Boëtie à Page de dix-huit ans, c’est-à-dire, par conséquent, au moins en 1548. Au contraire, dans l’exemplaire de l’édition de 1588, que Montaigne enrichissait de ses corrections et de ses additions manuscrites, et qui devait servir à la nouvelle édition donnée à Paris, en 1595, par Mademoiselle de Goumay, l’illustre auteur a, de sa propre main, rayé le mot dix-huit et l’a remplacé par le mot sèse (seize). Ce précieux exemplaire est actuellement conservé, comme on le sait, à la Bibliothèque

  1. Essais, liv. I, ch. 27. Voy. aussi ci-dessous Avertissement au Lecteur, p. 61.