Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/125

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qui demeure imbue de la nouvelle façon qu’elle a reçue.

Nos voisins donc savent bien combien vaut l’intérim(¹) ; c’est-à-dire que ce n’est pas changer de religion, mais c’est bien permettre qu’elle se change d’elle-même et lui en donner le loisir, en ce qu’on n’ose faire faire au temps, ce qui est le pis au populaire, qui est le pire policeur du monde. Davantage, le danger qu’ils craignent que le mal entre jusque dans leur pays est tout un si on permet les deux religions comme si on éteint du tout l’ancienne, car toujours auront-ils même occasion de la craindre, quand ils verront prêcher publiquement cette doctrine en nos terres que touchent les leurs de toutes parts, et n’attendront les princes autre chose sinon d’être contraints par les sujets, à notre exemple, de leur permettre ce que le nôtre ou n’a voulu défendre aux siens ou n’a pu. Il est aisé à voir qu’ils en auront un malcontentement merveilleux. Je pense bien qu’il n’est pas raisonnable qu’ils contrerollent le Roi quand il dispose de ce qui est de son état comme il lui plaît ; mais encore ce n’est pas tout de savoir que nos voisins auraient tort de nous courir sus ; mais encore faut-il regarder, quand ils le voudraient faire, s’ils nous pourraient endommager. On se console d’être affligé sans cause, mais il