Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/197

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il se trouvait accompagné de toutes les plus chères personnes qu’il eut en ce monde ; et qu’il lui semblait très beau à voir une assemblée de quatre si accordants et si unis d’amitié, faisant, disait-il, état, que nous nous entraînions unanimement les uns pour l’amour des autres. Et nous ayant recommandé les uns aux autres, il suivit ainsi : « Ayant mis ordre à mes biens, encore me faut-il penser à ma conscience. Je suis chrétien, je suis catholique : tel ai vécu, tel suis-je délibéré de clore ma vie. Qu’on me fasse venir un prêtre ; car je ne veux faillir à ce dernier devoir d’un chrétien. »

Sur ce point il finit son propos, lequel il avait continué avec telle assurance de visage, telle force de parole et de voix, que là où je l’avais trouvé, lorsque j’entrai en sa chambre, faible, traînant lentement ses mots, les uns après les autres, et ayant le pouls abattu comme de fièvre lente, et tirant à la mort, le visage pâle et tout meurtri, il semblait lors qu’il vint, comme par miracle, de reprendre quelque nouvelle vigueur : le teint plus vermeil et le pouls plus fort, de sorte que je lui fis tâter le mien pour les comparer ensemble. Sur l’heure j’eus le cœur si serré, que je ne sus rien lui répondre. Mais deux ou trois heures après, tant pour lui continuer cette grandeur de courage, que aussi parce que je sou-