Page:La Bruyère - Œuvres complètes, édition 1872, tome 2.djvu/320

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conservation, je réponds que Dieu ne pouvait moins faire pour étaler son pouvoir, sa bonté et sa magnificence, puisque, quelque chose que nous voyions qu’il ait fait, il pouvait faire infiniment davantage. Le monde entier, s’il est fait pour l’homme, est littéralement la moindre chose que Dieu ait fait pour l’homme : la preuve s’en tire du fond de la religion. Ce n’est donc ni vanité ni présomption à l’homme de se rendre sur ses avantages à la force de la vérité ; ce serait en lui stupidité et aveuglement de ne pas se laisser convaincre par l’enchaînement des preuves dont la religion se sert pour lui faire connaître ses privilèges, ses ressources, ses espérances, pour lui apprendre ce qu’il est et ce qu’il peut devenir. — Mais la lune est habitée ; il n’est pas du moins impossible qu’elle le soit. — Que parlez-vous, Lucile, de la lune, et à quel propos ? En supposant Dieu, quelle est en effet la chose impossible ? Vous demandez peut-être si nous sommes les seuls dans l’univers que Dieu ait si bien traités ; s’il n’y a point dans la lune ou d’autres hommes, ou d’autres créatures que Dieu ait aussi favorisées ? Vaine curiosité ! frivole demande ! La terre, Lucile, est habitée ; nous l’habitons, et nous savons que nous l’habitons ; nous avons nos preuves, notre évidence, nos convictions sur tout ce que nous devons penser de Dieu et de nous-mêmes : que ceux qui peuplent les globes célestes, quels qu’ils puissent être, s’in-